L’atelier pour tous


Trois ans que Simon peaufine son projet. Trois ans à mûrir le concept, à trouver le lieu puis à le réaliser pendant une année complète entre restrictions et confinement. Trois ans avant d’inaugurer le Hangar, à Pompertuzat, à une vingtaine de kilomètres au sud de Toulouse, en juin dernier. « Ce que j’ai voulu faire, c’est quelque chose qui manquait dans le coin mais qui est assez simple : c’est un atelier associatif, où les motards peuvent venir faire la mécanique eux-mêmes. » L’idée remonte au mois d’août 2018, alors qu’il se rend à la Speed Week sur le lac salé de Bonneville. Avant de rejoindre l’Utah pour tenter de battre un record de vitesse en compagnie de son collègue de Brough Superior, Bertrand Dubet, Simon fait un passage par la Californie où il sillonne les garages “lieux de vie” : « Après avoir visité un paquet de garages à Los Angeles, je me suis dit qu’il fallait que je fasse ça ici. Ça manquait dans la région toulousaine, donc je me suis mis en tête de me lancer dans cette aventure, de créer un lieu pour regrouper les motards, avec un bar pour tout le monde. L’idée est de créer une petite communauté dans un lieu sympa. »

je suis toulousain » – se met alors en tête de trouver le lieu idéal. « J’ai un ami, Yann, qui cherchait aussi un atelier pour faire de la chaudronnerie et un peu de préparation moto. On s’est regroupé, on a cherché. J’ai un collègue qui habite pas loin, il est passé devant, il m’a dit il faut que tu viennes visiter. C’est un super lieu avec deux bâtiments et un hectare de terrain. » Simon est immédiatement convaincu. « J’aime bien ce coin, le Lauragais, proche de toutes les belles balades à moto. » Au point de préférer rester dormir sur place régulièrement, avec sa compagne, quand les grillades et les séances de mécanique se prolongent, plutôt que de regagner leur appartement toulousain. « On avait l’atelier moto, l’atelier chaudronnerie, il ne nous manquait que le bar. On a trouvé un troisième pote (Jérémie, le cousin de Yann en fait) pour ouvrir le bar ! » Après l’inauguration en juin dernier, était organisée mi-juillet au Hangar une “Pool Party” avec piscine, jeux extérieurs, bière, moto, concert et food-truck.

On pourrait presque croire que Simon se la coule douce. C’est un peu vite oublier l’activité frénétique de ce dingue de travail. « Mon agenda est complet, oui, mais je n’ai presque jamais l’impression de travailler. C’est une passion. La seule limite, c’est le corps qui t’arrête. » Deux des quatre bancs de l’atelier lui sont réservés pour ses préparations et ses restaurations. « J’ai une Béhème et un Kawa à faire en ce moment. » Les deux autres bancs sont à louer. « Pour les tarifs, c’est simple, c’est 12 euros de l’heure pour la location, et quand c’est moi qui bosse, ce sont des tarifs conventionnels. Mais je prends plutôt des projets sur le long terme, des grosses préparations ou des grosses restaurations. » Pour l’heure, tous les créneaux sont pris. « Il y a un client qui m’a réservé un banc une semaine pour réparer sa moto, il y en a d’autres qui viennent le soir pour faire des vidanges. » Quatre planches d’outils complètes et une servante d’outils spécifiques permettent à chacun de trouver matière à bricoler. Pour ceux qui veulent aller plus loin, le Hangar possède d’autres machines. « Rien ne manque », assure Simon : « Dans l’atelier d’à côté, chaudronnerie, on a tout le reste, cintreuse, poste à souder. Il y a tout ce qu’il faut pour créer tout ce qu’on veut. » Pour la disponibilité et l’affluence, il ne s’inquiète pas non plus : « Je ne mise pas sur une centaine de clients, mais sur quinze ou vingt assez fidèles. L’idée, encore une fois, est de créer une petite communauté. On veut baser le truc sur la confiance. Je ne veux pas mettre de caméras pour voir si les mecs volent les outils. Quand je ne suis pas là, c’est un peu limité, mais on essaie de trouver un roulement avec mes deux associés. Et puis Yann, le chaudronnier, est tout le temps là. » 

« Je ne mise pas sur une centaine de clients mais sur quinze ou vingt assez fidèles. L’idée est de créer une petite communauté. »

Simon ne peut assurer la permanence, attendu sur d’autres fronts notamment chez Brough Superior où il travaille depuis quatre ans maintenant. « Un sacré boulot ! », s’exclame l’intéressé, enthousiaste. « Ça fait un an que je bosse sur le développement de la moto Aston Martin ! A la base, j’ai été embauché pour faire la mise en production du moteur Brough Superior qui existait en quelques exemplaires. Il a fallu industrialiser le processus même si on reste artisanal. L’objectif était de produire un moteur par jour. Pendant un an, j’ai donc fait les moteurs, puis j’ai travaillé sur les normes Euro 4. Et quand le projet Aston est sorti, c’est moi qui ai été mis dessus », glisse en toute simplicité celui qui est aussi technicien pour David Muscat en championnat de France Superbike. Et Simon d’enchaîner, avec autant d’entrain, sur la quatrième place à Carole du pilote Ducati le week-end précédent. « Cette V4R est impressionnante », s’enflamme l’ancien diplômé de l’Ecole de la Performance de Nogaro, resté profondément attaché à la compétition. Juste avant le premier confinement, il s’était rendu sur le lac Baïkal pour faire rouler un engin qu’il a aidé à mettre au point pour une nouvelle tentative de record sur la mythique étendue sibérienne. 

Pour résumer

Au Hangar, les motards des environs de Toulouse peuvent louer un pont, entretenir ou réparer leur moto, voire la préparer de manière assez poussée, avant de boire une bière au bar. Un lieu imaginé et conçu par trois amis, dont un insatiable travailleur féru de mécanique.

La rédaction

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